Affichage des articles dont le libellé est Sarkozy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sarkozy. Afficher tous les articles

vendredi 11 février 2011

Nos nouvelles milices...

Je ne m'étais pas rendu compte d'une chose dans la loi LOPPSI2.

Le projet prévoit en effet quelque chose de nouveau en France. Quelque chose qui n'est pas dans nos habitudes républicaines.
Peut-être est-ce lié à la peur de voir la Terreur post-révolutionnaire se reproduire, ou peut-être est-ce l'attachement plus récent de notre Nation à un service publique de qualité.

Toujours est-il que ce nouvel élément risque de changer la donne sécuritaire dans notre pays, et dans nos rues.

Ce nouvel élément a été qualifié par les syndicats de police comme la création et la formation de milices, armées, légitimes, avec des prérogatives d'officier de police judiciaire. En langage UMP, on appelle ça un "élargissement de la réserve citoyenne de la Police Nationale".





Pour la première fois, des civils, après quelques heures de formation, pourront porter des armes et dresser des procès verbaux, pour la modique somme de cinquante euros par jours... La Police à prix discount dans tous vos commissariats !

Le problème avec le discount, c'est bien souvent que la qualité en pâtit... Déjà qu'on n'était pas gâté avec le Police Nationale de marque, mais avec de la sous marque, genre homme blanc d'une soixantaine d'années, plein de bons principes franco français, cadre chez Renault en pré retraite, qui n'a qu'un seul rêve, c'est d'aller "casser du bico" pour se détendre, en plus avec un flingue... 

Réserve de la Police Nationale, What else ?

Malheureusement, peu de gens de ma génération ont pu faire l'expérience des armes. Je parle de vrais armes, les armes à feu, les armes de poing ou les armes automatiques...
Pourquoi malheureusement ? Parce qu'un Homme devrait connaître cette sensation si particulière.
Celui qui n'a jamais essayé de tirer à balle réelle avec ce type d'arme ne connait pas la sensation de puissance, relativement difficile à canaliser, qu'éprouve un homme armé. Il y a, en tâche de fond, la certitude qu'il peut tuer, en décalant son canon de quelques centimètres sur la droit ou sur la gauche.

J'en ai fais l'expérience dans l'Armée. Ce n'est pas au bout de quelques heures de formations qu'on nous a donné de vraies bastos à mettre dans nos FAMAS, mais bien au bout de cinq semaines, à temps plein.
Et encore, les cartouches étaient comptées, fournies au dernier moment, au stand de tir, avec un instructeur, armé lui aussi, ... Juste au cas ou.



On ne peut pas être prêt à porter une arme en quelques heures, dans la rue. Cela implique de trop grandes responsabilités. Le pouvoir que génère une arme, en évidence, à la ceinture, est énorme dans un pays où il n'est pas coutumier de devoir s'auto-défendre ; et où les gens ne sont pas habitués à l'armement.

M. Sarkozy génère une milice légale. Le pire ennemi de notre démocratie à la française, au régime présidentiel omni-présent.

Ces miliciens pourront rapidement devenir incontrôlables. Ils seront vos voisins, vos amis, vos frères et vos pères. Je reste convaincu qu'il sera facile à n'importe quel individu de faire parti de cette "réserve", tant les effectifs ont été réduits. Et pour preuve, je vais essayer d'y postuler (vous serez tenu informés).

On dirait que toutes les étapes d'un plan visant à prendre le contrôle du pays par le pouvoir présidentiel se précisent. Je suis peut-être parano, mais la mise en place successive de mesures législatives toujours plus sécuritaires m'inquiètent.




Je souhaiterai faire une corrélation avec l'Egypte, l'Iran ou la Tunisie.

Dans ces pays existent des miliciens, qui effrayent beaucoup plus les habitants que la police. Ils savent que sans le pouvoir ils ne sont riens, et que leur existence n'est pas justifiée en démocratie. Ils garantissent donc aux dirigeants un climat de semi terreur, permettant une activité économique tout en verrouillant la population. Ce climat assoit la domination des despotes sur une Nation.
Ainsi, les miliciens se battent, torturent et tuent pour leurs dictateurs, qui sont, de fait, leurs protecteurs.

Ils sont une composantes essentielles de la boucle de la Terreur. Et ce sont ces gens que M. Sarkozy veut mettre dans nos rues.

Si le volet "numérique" de la loi LOPPSI me fait franchement bien rigoler, cette partie plus obscure de la loi représente un danger non négligeable pour notre pays et notre démocratie.


En terre républicaine, un mal s'est éveillé. Il est nourri par la peur et la haine.
Tapi dans l'ombre, on n'en n'entend que la rumeur, mais il prépare une guerre éclaire. Son réveil sera terrible pour nous, et la résistance devra se faire sans aucune pitié, car lui n'en n'aura pas pour nous.

Ne dormez pas trop tranquilles.

jeudi 13 janvier 2011

Révolution tunisienne et honte française...

Plus le conflit tunisien prend de l'ampleur, plus je m'énerve.

Mon énervement est ce qu'il est, à son petit niveau, mais j'espère vraiment, qu'il contribuera à une prise de conscience.
On pourrait facilement imaginer que l'objet de cette dernière serait la condition du peuple tunisien, mais, étrangement, au fond de moi, ce n'est pas le cas.
Je reste évidemment attaché à la libération de ce peuple, et je me bats, chaque jours, pour l'aider à s'émanciper, même si cela doit se faire par la violence... Tant pis, la Liberté est à ce prix, au prix de quelques DDoS, de quelques serveurs habilement configurés, de quelques euros dépensés à la location de ces serveurs, ... Et aussi, au prix du sang, pour ces tunisiens qui tombent sous les balles de leur propre police. Nous, français le savons, même si nous avons tendance à l'oublier.




Même si je n'ai jamais participé à des manifestations où les forces de police tiraient à balles réelles contre nous, j'ai quelques fois pu apprécier ces moments d'extrême tension. J'aime la montée d'adrénaline qu'ils génèrent.
Lorsque la contestation se heurte physiquement au pouvoir, au plexiglas d'un bouclier, c'est à cet instant que l'on comprend que le pouvoir utilisera tous les moyens pour rester LE pouvoir. Quitte à frapper à coup de tonfa, à gazer ses propres sujets. 

Ces moments d'agitation furent marquants pour moi. Je me retrouvais souvent au milieu de gens, souvent d'extrême gauche... Moi, le libéral devant l'éternel ! Ça me faisait drôle de sortir de mon quartier haut de gamme pour envoyer des pierres sur la flamme olympique pékinoise, (entre autres cibles) pendant que les CRS nous gazaient pour mieux nous frapper et nous insulter... 

Nous nous confrontions au pouvoir et à ses amis, les chinois.




Qui sait ? Si nous nous levions contre Sarkozy, n'y aurait-il pas des morts dans nos rues ? Ne serions-nous pas dans la même situation que la Tunisie actuellement ?

La contestation est inscrite dans nos gênes, dans notre culture, elle est même maintenant institutionnalisée, par le droit de grève. C'est le résultat de luttes sociales, et de manières plus antérieures, de lutte contre le pouvoir.

Et c'est là l'objet de la prise de conscience dont je vous parlais plus haut : malgré tout ce qui se passe en Tunisie, notre gouvernement reste muet, va même jusqu'à proposer de l'aide au gouvernement tunisien... Ne devrions-nous pas avoir honte ?




Ce Président tunisien, dictateur avéré, est soutenu par nos dirigeants... Peut être que M. Sarkozy rêve de pouvoir réformer autant que M. Ben Ali la Constitution de notre pays afin de rester indéfiniment au pouvoir ?
Ou peut-être est-ce lié aux contrats d'exploitation signés entre le gouvernement tunisien et Total ? Fleuron de l'industrie et de la corruption à la française. Ce même Total qui finance allègrement les campagnes électorales, à droite comme à gauche (pour rappel Total = Elf).




M. Sarkozy a bien des raisons de soutenir "par omission" son homologue, le dictateur Ben Ali.
Mais posons-nous à nouveau la question, ne devrions-nous pas avoir honte ? Quelques barils d'hydrocarbures valent-ils de renier plus de mille années d'Histoire de France ? N'avons-nous pas comme devoir de soutenir les peuples opprimés (et que nous avons colonisés) ? Notre passé ne nous y oblige-t-il pas ?

Je ne suis pas de ces pleureuses qui poussent les français à un sentiment de culpabilité, c'est le gouvernement que je pousse à ce sentiment.

Nous avons été parmi les premiers à faire notre Révolution, pour le plus grand bien de notre pays ; nous nous sommes affranchis du pouvoir totalitaire. Même si depuis quelques décennies, les  pulsions dictatoriales de certain se sont éveillées, nous restons, dans l'ensemble, un peuple libre, qui doit lutter pour conserver sa Liberté, mais aussi pour aider à gagner celle des autres.




Quelle fabuleux message ce serait, d'envoyer au monde entier un avertissement très claire à toutes les dictatures : la France ne soutient pas le dictateur Ben Ali, la France soutient le peuple tunisien, depuis trop longtemps dans l'asservissement.

Mais, ça poserait un problème à M. Sarkozy, cela légitimerait aussi l'intervention du peuple en cas de prise de pouvoir un peu trop importante en France, par des dirigeants français. M. Sarkozy, dont on ne doute maintenant plus des tendances sécuritaires, voir autoritaires, ne pourrait pas légitimer de telles actions.

Copains !

C'est dommage, M. Sarkozy, vous auriez pu vous racheter, en partie. 
Un petit communiqué en faveur du peuple tunisien, taper sur les doigts de MAM pour ses récentes déclarations, renvoyer M. Hortefeux pour son racisme chronique (c'est pas moi qui le dit, c'est la justice)... 
Bref, Chirac avait réussit à transformer l'essai en refusant d'aller faire la guerre en Irak, vous avez raté votre coup, pour l'instant. Mais il n'est pas trop tard M. le Président, il n'est jamais trop tard pour faire quelque chose de bien, souvenez-vous en. Montrez que vous n'êtes pas encore totalement corrompu par Total, par votre bi polarité pathologique, et faites ce communiqué. 
Pour une fois, s'il vous plaît, rendez-nous fiers.



vendredi 31 décembre 2010

Les interdictions du 31 décembre, ou, pourquoi Nicolas Sarkozy est un national-socialiste

En cette dernière journée de l'année, ou je m'adonne à la finalisation des travaux entrepris depuis septembre dans mon appartement, j'ai, comme tous les jours, branché ma télévision sur BFM TV.

Au fur et à mesure que s'écoule le "ni clou, ni vis", les interdictions du 31 décembre défilent sur mon téléviseur.
"Interdit de boire de l'alcool dans les lieux publics à Montpellier et à Paris" "Interdit de sortir sa poubelle en Seine Saint Denis" "Interdit d'acheter ou d'utiliser des pétards en Alsace"... J'en passe et des meilleures...

Encore mieux, après le problème "du verglas et des routes inclinées", M. Hortefeux, notre ministre de l'intérieur, nous enjoint à "ne pas utiliser nos téléphones portables dans le métro et dans les lieux publiques en générales" afin de ne pas "favoriser les vols à l'arraché".



Bordel de merde de cul de salope ! N'est-ce pas le travail de M. Hortefeux de faire en sorte qu'on puisse circuler sur toutes les routes et qu'on puisse téléphoner tranquillement dans le métro ? N'est-ce pas un comble que nous devions modifier notre comportement à cause de la délinquance ?

Indigné, je m'en tape un coup de marteau sur le doigt, ça fait mal. Mais voilà que je me précipite sur mon ordinateur afin d'écrire ces quelques lignes.
De toute façon, je suis à cour de silicone acrylique blanc, et mon aimée n'est pas encore de retour de Leroy Merlin avec le ravitaillement adéquat.

Bref, toutes les mesures dont je vous ai parlé reflètent le climat sécuritaire ambiant, et comme dirait ma mère : "on marche sur la tête".
On note que malgré le déploiement constant de forces de l'ordre dans notre capitale et sur nos routes afin de traquer l'automobiliste contrevenant, les violences à la personne ont augmenté de 40%.
Malgré l'instauration de cette immonde politique du chiffre auprès de nos policiers, les résultats sont très mitigés.
Et comble du comble, il n'y a plus assez d'organes disponibles car il n'y a plus assez d'accidents de la route ! (Just a joke !).



Quel est donc le problème ? Pourquoi M. Sarkozy n'y arrive pas ?

Tout simplement parce que M. Sarzkozy fait une politique économique de gauche, une politique sociale et fiscale de droite et une politique sécuritaire d'extrême droite.

Lorsqu'on intervient dans l'économie, à grand coups de milliards pour sauver les banques, c'est une politique de gauche. Même si à mon avis, les socialistes seraient rentrés au capital des banques au lieu de leur prêter.
Quand on intervient dans l'économie, au point de négocier soit même des marchés à l'étranger pour AREVA, au point de donner des avis sur "qui ne doit pas avoir la quatrième licence 3G", au point de négocier sois-même les remboursements de médicaments avec les laboratoires pharmaceutiques... On est un keynésien !

Lorsqu'on augmente les prélèvements obligatoires pour les classes moyennes, lorsqu'on permet aux très très riches de ne plus payer d'impôts, lorsqu'on ne fait rien pour améliorer les conditions de vie des plus démunis, lorsqu'on transforme la taxe professionnelle en taxe universelle...  Lorsqu'on creuse le fossé entre la classe moyenne et les classes supérieures, afin de favoriser de gros industriels dans l'espoir qu'ils ne délocalisent pas, ... On a une politique fiscale de droite.

Mais... Lorsqu'on instaure des lois liberticides comme la HADOPI ou la LOPPSI... Lorsqu'on vous flique jusque dans votre bagnole, lorsqu'on vous dit quand vous devez sortir votre poubelle, et qu'on vous interdit de lancer des pétards un soir de réveillon, lorsqu'on interdit le racolage... Lorsque votre ministre de l'Intérieur a été reconnu coupable par la justice de propos racistes et qu'on le maintient dans ses fonctions, ... Lorsqu'on supprime le juge d'instruction au profit du procureur.
Lorsqu'on organise les retours en charter des immigrés clandestins et qu'on organise des débats sur "l'identité nationale"...
Lorsque vous censurez des chroniqueurs ou des journalistes et que vous contrôlez directement ou indirectement près de la moitié de nos médias...
En fait, lorsqu'on déresponsabilise le peuple, en légiférant pour lui interdire des choix, on a une politique sécuritaire d'extrême droite...



Et ce savant mélange, M. Sarkozy, s'appelle du National-Socialisme. Cette idéologie fut déjà expérimentée par un petit moustachu germanique qui a finit par envahir l'Europe et qui a remporté la palme du plus gros connard de l'Humanité ; pour avoir organisé le massacre systématique de millions de juifs, de tziganes, d'homosexuels et de franc-maçons.

Je ne prétend pas que vous irez jusque là M. Sarkozy, mais vous avez les bases pour y arriver.
On ne peut pas prendre ce qui nous arrange dans chaque école de pensée politique.

Si vous étiez un libéral, vous auriez laissé le système bancaire s'effondrer, sans intervenir. Vous auriez aussi arrêter d'assister les classes défavorisées, et peut être qu'elles commenceraient à s'en sortir d'elles mêmes. Vous n'auriez pas réduit à néant les effectifs de notre armée. Vous auriez aussi légalisé le cannabis et mis en place une discrimination positive à l'américaine. Enfin, vous n'auriez pas mis en place votre batterie de lois liberticides.



Au contraire, si vous étiez un keynésien convaincu, vous n'auriez pas mis en place le bouclier fiscal. Vous auriez réinjecté l'argent des plus riches vers les plus pauvres afin qu'ils puissent entreprendre par exemple. Vous n'auriez pas mis en place la politique du chiffre auprès de la Police Nationale, vous auriez créé des unités de proximités, qui iraient discuter avec ces gens qui ne trouvent pas de boulot, parce que les chefs d'entreprises sont à 90% des racistes. Vous n'auriez pas repoussé l'âge du départ à la retraite de manière aussi abrupte.

Si j'avais voulu prendre le contrôle du pays M. Sarkozy, j'aurai fait exactement la même chose que vous. Oh oui, M. Sarkozy, votre seul et unique mandat aura été riche en réforme, vous nous l'aviez promis. Mais il ne s'agit pas de réformer pour réformer, il s'agit de réformer pour améliorer, pour suivre une idée, un "grand dessin" comme vous le disiez dans votre clip de campagne.
Mais ce grand dessin était le vôtre et celui de vos amis, à défaut d'être celui du peuple, et vous nous l'avez enfoncé profondément.




Croyez moi, vous le regretterez. La France n'est pas connue pour sa tendresse envers les monarques absolus et à défaut d'un nouveau mai 1968, je n'attends qu'une seule chose : un nouveau juillet 1789. Bonne année 2011 à vous, Président, et à tous les français, qui vous subissent ou qui vous aiment.



lundi 27 décembre 2010

Insécurité sous la plume d'un barbare

Le texte qui suit a été écrit par Hamé. Un intellectuel issu de l'immigration.

Ce texte, publié en 2002 dans un petit magazine distribué gratuitement chez les disquaires "underground" de la capitale, a fait hurler Nicolas Sarkozy.

En conséquence, son auteur a dû mener la bataille juridique la plus longue dans l'histoire du journalisme.

Pour une seule affaire, contre le ministère de l'intérieur, Hamé a subit :
  • Un procès : relaxe, puis appel du parquet.
  • Un appel : relaxe, suivit d'un pourvoi en cassation de l'avocat général.
  • Un pourvoie en cassation : l'arrêt de la Cour d'Appel fut cassé et renvoyé.
  • Un nouveau procès en Cour d'Appel : relaxe, suivit d'un pourvoi en cassation de l'avocat général.
  • Un pourvoie en cassation du ministère publique, où l'arrêt de la Cour fut à nouveau cassé et renvoyé.
  • Un dernier procès devant la Cour d'Appel qui a définitivement relaxé Hamé.

Un tel acharnement judiciaire ne prouve qu'une seule chose : il ne fait pas bon parler des bavures policières en France. Sujet trop tabou car remettant en cause l'assermentation de nos forces de polices ; cette dernière leur conférant un pouvoir de Droit divin et républicain.  

Je ne partage pas toutes le opinions présentées dans l'écrit qui suit, mais j'aimerai réparer une injustice : personne sur notre front n'en a parlé, alors que nous nous voulons défendeur de la Liberté d'Expression - et que le pouvoir a voulu censurer ce texte.  

 Voici donc l'objet du délit. Je vous souhaite une bonne lecture, et à demain.  

 
Insécurité sous la plume d'un barbare. 
Hamé

Ca y est, les partisans chevronnés du tout sécuritaire sont lâchés. La bride au cou n’est plus et l’air du temps commande aux hommes modernes de prendre le taureau par les couilles. Postés sur leurs pattes arrières, les babines retroussées sur des crocs ruisselant d’écume, les défenseurs de « l’ordre » se disputent à grands coups de mâchoires un mannequin de chiffon affublé d’une casquette Lacoste.

Sociologues et universitaires agrippés aux mamelles du ministère de l’intérieur, juristes ventrus du monde pénal, flics au bord de la crise de nerfs en réclamation de nouveaux droits, conseillers disciplinaires en zone d’éducation prioritaire, experts patentés en violences urbaines, missionnaires parlementaires en barbe blanche, journalistes dociles, reporters et cinéastes de « l’extrême », philosophes amateurs des garden-parties de l’Elysée, idéologues du marché triomphant et autres laquais de la plus-value ; et bien évidemment, la cohorte des responsables politiques candidats au poste de premier illusionniste de France... tous, jour après jour, font tinter en prime-time le même son de cloche braillard :

« Tolérance zéro » !!! ` « Rétablissement de l’ordre républicain bafoué dans ces cités où la police ne va plus ».

Ils sont unanimes et hurlent jusqu’à saturation, à longueur d’ondes et d’antenne, qu’il faut « oser » la guerre du « courage civique » face aux hordes de « nouveaux barbares » qui infestent la périphérie de nos villes. Qu’on en finisse avec le diable !!! l’ennemi intérieur, fourbe et infâme, s’est immiscé jusque dans nos campagnes et y a pris position. Ne craignons pas les contrats locaux de sécurité, les couvre-feux, l’abaissement de l’âge pénal à 13 ans, l’ouverture de nouveaux centres de détention pour mineurs, la suppression des allocations familiales aux familles de délinquants... Que la caillera se le tienne pour dit, la République ne laissera pas sombrer le pays dans le chaos apocalyptique des vols de portables, du recel d’autoradios ou du deal de shit sous fond de rodéos nocturnes...

La République menacée, la République atteinte mais la République debout !!! Quelle leçon d’héroïsme ! Quelle lucidité d’analyse ! Et quel formidable écran de fumée !! A la table des grand-messes, la misère poudreuse et les guenilles post-coloniales de nos quartiers sont le festin des élites. Sous les assauts répétés des faiseurs d’opinion, les phénomènes de délinquance deviennent de strictes questions policières de maintien de l’ordre ; les quartiers en danger se muent en quartiers dangereux dont il faut se protéger par tous les moyens ; et les familles immigrées victimes de la ségrégation et du chômage massif, endossent la responsabilité du « malaise national ».

La crème des auteurs de la pensée sécuritaire joue à l’idiot à qui on montre la lune du doigt et qui regarde le doigt. Exit les causes économiques profondes. Exit les déterminismes sociologiques. Exit le risque que le débat prenne un jour l’aspect d’un réquisitoire contre les vrais pourvoyeurs d’insécurité : ceux-là même qui ont réduit des centaines de milliers de famille à vivre avec 4000 francs par mois ; ceux-là même qui appellent de leurs vœux les plus chers la marche forcée vers « l’économie de marché débridée ».

Nous ne lirons pas, dans la presse respectable, que les banlieues populaires ont été, depuis une vingtaine d’années, complètement éventrées par les mesures économiques et sociales décidées depuis les plus hautes sphères de l’Etat et du patronat pour pallier à la crise sans toucher à leur coffre-fort.

Nous n’entendrons pas sous les luminaires des plateaux de télévision, qu’à l’aube maudite du mitterrandisme, nos parents et nos plus grands frères et sœurs ont été les témoins vivants d’une dégradation sans précédent de leur situation déjà fragilisée.

L’histoire officielle ne retiendra pas l’énergie colossale déployée par les gouvernements des trois dernières décennies pour effacer les réseaux de solidarité ouvrière enracinées dans nos quartiers. Pas plus qu’elle ne retiendra le travail de récupération et de sape systématique des tentatives d’organisation politique de la jeunesse des cités au milieu des années 80.

Qui parmi les scribouillards du vent qui tourne s’indignera de l’opacité entretenue vis-à-vis de la vallée de larmes et de combats que fut l’histoire de nos pères et grands-pères ? Parmi ces hommes de paille éructant la « croisade républicaine », combien déclareront la guerre du « courage civique » devant les ravages psychologiques du mépris de soi chez des générations qui atteignent la vingtaine avec 8 ans d’échec scolaire et 3 ans de chômage ? Les logiques d’autodestruction (toxicomanie, alcoolisme, suicide...) où certains d’entre nous sont conduits par pur désespoir et complète perte de foi en l’avenir, mériteront-elles quelconque voix au chapitre de l’insécurité ?

Les pédagogues du dressage républicain n’auront pas en ce sens la critique fertile. Ils n’esquisseront nulle moue face à la coriace reproduction des inégalités sociales au travers des échelons du système scolaire, ni l’élimination précoce du circuit de l’enseignement de larges franges de jeunes qui ne retiennent de l’école que la violence qui leur a été faite. Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. Il n’y figurera nulle mention de l’éclatement des noyaux familiaux qu’ont provoqué l’arsenal des lois racistes Pandraud-Pasqua-Debré-Chevènement et l’application à plein rendement de la double peine.

Les études ministérielles sur la santé refermeront bien vite le dossier des milliers de cancers liés à la vétusté de l’habitat ou au non-respect des normes de sécurité sur les chantiers de travail. La moyenne effroyablement basse de l’espérance de vie dans nos quartiers ne leur semblera être, elle aussi, qu’un chiffre indigne de tout commentaire. Bref, ils n’agiteront jamais au vu de tous le visage autrement plus violent et criminel de l’insécurité. Aux humiliés l’humilité et la honte, aux puissants le soin de bâtir des grilles de lecture.

À l’exacte opposée des manipulations affleure la dure réalité. Et elle a le cuir épais. La réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers c’est avoir plus de chance de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l’embauche, de précarité du logement, d’humiliations policières régulières, d’instruction bâclée, d’expérience carcérale, d’absence d’horizon, de repli individualiste cadenassé, de tentation à la débrouille illicite... c’est se rapprocher de la prison ou de la mort un peu plus vite que les autres...

Les hommes et les femmes qui dirigent ce pays savent tout cela. Ils savent aussi que la libéralisation massive de la vie économique française est en très bonne voie. Ils savent que les privatisations, les fusions, les délocalisations de nombreux secteurs d’activité vont se généraliser comme va se généraliser la paupérisation. Ils savent que la nouvelle configuration du marché exige la normalisation du salariat précaire et l’existence d’une forte réserve de chômeurs et de sans-papiers.

Et ils savent surtout que les banlieues populaires (parce qu’elles subissent de plein fouet et avec le plus d’acuité les mutations de la société française) sont des zones où la contestation sociale est susceptible de prendre de radicales formes de lutte si elle trouve un vecteur qui l’organise. On comprendra qu’il est de nécessité impérieuse d’installer toujours plus d’instruments de contrôle et de répression « éclair » au sein de nos quartiers. On comprendra que le monde du pouvoir et du profit sans borne a tout intérêt à nous criminaliser en disposant de notre mémoire et de nos vies comme d’un crachoir.